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Portrait d’Harald Hinkel
Spécialiste en développement
social au MDRP


A&N 2008, no. 11
 

Quand il n’était qu’un petit garçon de trois ans grandissant en Allemagne, Harald Hinkel savait qu’un jour il irait en Afrique. Il voulait voir les animaux sauvages dont il avait entendu parler, surtout les lions.

Harald tient un python de séba (Python sebae) qu’il vient de capturer dans le parc national d’Akagera au Rwanda. Après avoir montré le serpent aux rangers du parc, il le relâcha. Juillet 2008.

Poursuivant son rêve d’enfance jusqu’à un doctorat en sciences naturelles, Harald ne pouvait pas imaginer alors qu’il se retrouverait au milieu du Rwanda au moment du génocide qui vit le massacre de plus de 800.000 rwandais. Ou bien qu’on lui tirerait dessus au Somaliland. Ou encore, plus récemment, qu’il devrait évacuer Goma en République Démocratique du Congo (RDC) au milieu d’un regain de violence entre les milices rebelles et l’armée du pays.

“L’homme aux serpents”

“Les forêts primaires des montagnes rwandaises et congolaises font partie des meilleurs endroits du monde pour la préservation des espèces », dit Harald « car elles sont à une altitude assez élevée pour prévenir l’impact des changements climatiques périodiques. C’est tout simplement le paradis pour un chercheur comme moi. »

Harald visita l’Afrique pour la première fois en 1984. Par la suite, il retourna régulièrement dans les forêts du Rwanda et de l’est du Congo, obtenant son doctorat en sciences naturelles de l’Université Johannes Gutenberg de Mainz en 1994. Mais au lieu des lions et des gorilles, il décida de concentrer sa recherche sur les reptiles et les amphibiens. C’est comme ça qu’il obtint le surnom d’ «homme aux serpents».

De la biologie au développement social

Quand on lui demande comment son parcours l’a amené de l’étude des serpents et des grenouilles à la collaboration avec les généraux et les chefs rebelles pour la démobilisation des combattants, Harald répond : « Ce n’est pas une histoire simple. J’ai été attiré malgré moi dans la guerre au Rwanda en 1992/1994 et dans tous les problèmes qui s’y rapportaient. Mais au départ, je ne m’intéressais pas du tout à ces choses là. »

A Mbwavinywa, Lubéro, dans l’est de la RDC. Harald pose avec les equipes de la MONUC, de Milobs, et des officiels du gouvernement congolais pour l’identification des groupes armés rwandais (RUD-Urunana et RPR-Inkergutabara) avant leur désarmement. Juin 2008

Au début des années 90, Harald travaillait pour une société privée à Ruhengeri au Rwanda, en tant que directeur technique dans une usine de minoterie. C’est là que GTZ, l’agence allemande de coopération technique, le recruta. GTZ recherchait désespérément un chef de projet, n’arrivant pas à attirer son propre personnel dans cette région jugée trop volatile. Entre 1996 et 2000, Harald pris part aux travaux de secours aux sinistrés, notamment en participant à la construction de villages, d’écoles et d’approvisionnement en eau. Il géra aussi des projets de réimplantation comprenant la construction d’abris pour les familles réfugiées de retour.

Face à face avec la violence

En 2000, Harald déménagea à Hargeisa au Somaliland où il prit en charge un projet de démobilisation pour GTZ. Il dut faire face directement à la violence qui tourmentait la région lorsque des terroristes islamistes tirèrent sur sa voiture alors qu’il conduisait sur la route d’Hargeisa à Berbera. Malheureusement, sa collègue fut tuée. Quand Harald réalisa qu’une balle avait traversé sa gorge, il se souvint de son prédécesseur, qui avait été poignardé : « Je savais que si j’étais encore conscient après 30 secondes, je ne mourrais pas. Alors j’ai essayé de renverser le tireur avec la voiture, puis j’ai continué à conduire près de 100 km jusqu’à Berbera. De là, on m’a transféré sur Nairobi où je suis allé à l’hôpital. Je n’y suis resté que deux jours. Personne ne peut encore comprendre comment la balle est passée sans me blesser grièvement. »

Harald devant un tableau à SOTEXKI, Kisangani, RDC, pendant une réunion avec des groupes armés rwandais en prévision de leur désarmement. Mai 2008

En Somalie, l’un des projets dont Harald était responsable développa des approches de réintégration culturellement appropriées pour les groupes hautement vulnérables tels que les anciens combattants souffrant de traumatismes liés à la guerre, à l’abus de drogue et à la psychose due au qat ; ou pour les personnes s’occupant des handicapés. Ceci mena au développement d’une approche de réintégration basée sur la communauté, et mettant l’accent sur la sensibilité aux questions de genre. L’un des autres éléments du programme, qui s’avéra utile dans l’emploi suivant d’Harald, fut la mise au point d’un système électronique sophistiqué pour l’enregistrement des données de démobilisation et de gestion de projet.

Aider les pays sortant de conflits

Ayant acquis une compréhension approfondie des nombreuses complexités de la région des Grands Lacs en matière de désarmement et démobilisation des groupes et forces armés, Harald fut dépêché par GTZ pour participer à la mise en place du programme MDRP (programme multi pays de démobilisation et réintégration) en 2001 et 2002. Le MDRP, rassemblant 13 bailleurs de fonds et la Banque mondiale dans un partenariat d’environ 500 millions de dollars EU, offre un soutien à sept pays d’Afrique centrale sortant de conflits. Au départ, Harald travailla au Burundi (2004), puis il alla s’installer à Goma en RDC un an plus tard. Il partage maintenant son temps entre la mise en œuvre du programme national de désarmement, démobilisation et réintégration de la RDC, le suivi du désarmement et du rapatriement volontaire des groupes armés étrangers encore basé dans l’est du Congo, et l’assistance technique au programme rwandais de démobilisation et réintégration, en particulier le soutien aux handicapés physiques et mentaux.

Gagner du temps pour la paix

« Ce que nous faisons dans ces pays, c’est important, mais c’est simplement gagner du temps pour la paix : nos projets sont conçus pour créer l’espace opérationnel et la capacité nécessaire dans un temps limité pour que les autres qui travaillent dans les sphères politiques puissent se consacrer aux causes principales des conflits. Si ces gens là ne font pas leur travail de façon efficace, la guerre reprendra. Malheureusement, nous avons connu ce scénario maintes fois déjà. »

Quand on lui demande s’il a parfois peur de travailler dans une région aussi instable, il répond simplement : « Pourquoi aurais-je peur ? Je ne suis l’ennemi de personne. »

Il partage avec plaisir certains des succès qu’il a rencontré au cours des ans, tel que l’histoire de Séraphin Bizimungu, plus connu sous le titre de « Géréral Amani » ou « Général Mahoro ». Ancien commandant rebelle des FDLR1 qui s’était volontairement désarmé et rapatrié au Rwanda en décembre 2005, Séraphin a réussi à changer le cours de sa vie. Il étudie désormais dans une université privée de Kigali et occupe un poste important au sein du gouvernement contre lequel il se battait autrefois.

Garder l’espoir

“L’homme aux serpents” – Parc national d’Akagera

Au vu des combats récents dans l’est du Congo entre divers groupes rebelles et l’armée nationale du Congo, il peut paraître difficile de comprendre pourquoi Harald veut continuer son travail dans des conditions si pénibles. Sa réponse est directe et rapide : « Les parcs nationaux de Virunga et de Kahuzi-Biega. J’y ai travaillé dans le passé, et je veux le faire de nouveau quand la situation sécuritaire s’améliorera. » En effet, son vœu, comme celui de nombreux autres qui aiment ces pays, est que leur travail pourra un jour ouvrir la voie au véritable développement. En attendant, Harald continue de soutenir le processus de paix jusqu’à ce qu’il puisse enfin travailler sans peur dans ces magnifiques parcs. La devise d’Harald pourrait être : Ne jamais perdre espoir, et garder le sens de l’humour !

1 Forces démocratiques de libération du Rwanda

 

 



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